L'endettement public croissant et l'expansion du financement non bancaire pourraient limiter la capacité de la Banque centrale européenne (BCE) à mener une politique monétaire appropriée par crainte de provoquer une instabilité financière, a déclaré jeudi Isabel Schnabel, membre du directoire de l'institut de Francfort.
La BCE est actuellement engagée dans un cycle de hausse des taux d'intérêt visant à lutter contre l'inflation liée à la guerre au Moyen-Orient, ce qui a contribué à une augmentation des taux d'emprunt des États et alimente les craintes quant à la viabilité de certains budgets, notamment en France, dont la dette publique élevée fait l'objet d'un regard méfiant de la part des marchés.
La dette publique a explosé depuis le début du siècle et une grande partie de celle-ci est désormais détenue par des entités non bancaires, notamment des fonds spéculatifs, qui peuvent être très endettés, a ajouté Isabel Schnabel lors d'un discours à Francfort.
Cette évolution a pour conséquence que les variations des taux d'intérêt de la BCE se répercutent désormais plus rapidement, ce qui pourrait accroître la volatilité des marchés et contraindre les investisseurs à se débarrasser de leurs obligations à mesure que la valeur des garanties diminue et que les exigences de marge augmentent.
"Pour rétablir la transmission, les banques centrales pourraient alors être contraintes de stabiliser les marchés afin d'empêcher qu'une crise de liquidité ne se transforme en une crise du crédit à part entière", a-t-elle dit, tout en soulignant que de telles mesures peuvent interférer avec le mandat de la banque centrale et menacer la primauté de la politique monétaire.
L'économiste allemande, qui quittera la BCE en janvier pour occuper un poste de haut niveau au FMI, estime que l'Europe devrait réagir à ces risques en instaurant une réglementation plus stricte des acteurs non bancaires, telles que les fonds spéculatifs, les fonds d'investissement ou les compagnies d'assurance,
"Une réglementation plus stricte des entités non bancaires renforcerait également les arguments en faveur d'un accès de celles-ci aux facilités de la banque centrale, ce qui pourrait contribuer davantage à la stabilité systémique", a-t-elle ajouté.
(Reportage Balazs Koranyi ; version française Diana Mandia ; édité par Benoit Van Overstraeten)

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